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Mis à jour le 12/10/2026

Shadow AI en entreprise : repérer, encadrer, remplacer

La shadow AI, ce sont les outils d'IA qu'on utilise au travail sans que l'entreprise les ait autorisés. Exemple banal : l'assistante RH fait résumer des CV par son ChatGPT personnel, le commercial colle un contrat dans Claude depuis son téléphone. En France, une enquête de 2026 en compte deux sur trois parmi les salariés qui utilisent l'IA, avec des outils que l'employeur ne leur a pas donnés. Pour un DPO, l'ennui est moins l'outil que ce qui part dedans, sans contrat, et sans que personne en garde la trace.

Ce que disent les enquêtes françaises

Le chiffre le plus frais vient d'une enquête OpinionWay commandée par Cegid, un éditeur de logiciels de gestion, donc pas un observateur neutre : 500 salariés de bureau interrogés en France entre le 22 mai et le 4 juin 2026. Parmi ceux qui se servent de l'IA, 67 % passent par des outils que leur employeur ne fournit pas, « souvent sans en informer leur employeur ». Dans les ETI, on monte à 81 %. Il faut dire que 39 % seulement ont reçu un outil professionnel, et que 63 % n'ont eu droit à aucune formation.

Ipsos, pour Greenworking, voyait déjà la même chose un an plus tôt, sous un autre angle. 36 % des salariés disaient que leur entreprise avait officiellement déployé l'IA générative ; deux sur trois l'utilisaient quand même. Même dans les entreprises qui avaient déployé l'IA générative, 32 % seulement disaient s'en tenir systématiquement aux outils homologués.

Les deux enquêtes ne mesurent pas la même chose et ne s'additionnent pas. Elles vont pourtant dans le même sens : les salariés ont adopté l'IA avant leur employeur.

Ce qui part vraiment dans les prompts

L'ANSSI a une formule qui résume bien le problème. Dans son guide de 2024 sur les systèmes d'IA générative, elle écrit qu'envoyer des textes, des images ou des documents à un service d'IA grand public « revient à déposer ces mêmes informations sur un espace de stockage leur appartenant ». Sa recommandation R34 en tire la conséquence et proscrit ces outils pour tout usage professionnel impliquant des données sensibles.

L'agence énumère ce qu'elle entend par là. Le tableau reprend sa liste et y ajoute le texte qui s'applique en France.

Donnée citée par l'ANSSI Exemple courant Ce qui est en jeu
Données personnelles CV à résumer, réclamation client à reformuler RGPD : pas de contrat de sous-traitance, transfert hors UE possible, violation à analyser au titre de l'article 33
Données contractuelles, juridiques ou financières contrat à relire, prévisionnel à commenter secret des affaires (article L151-1 du Code de commerce)
Secrets informatiques clé d'API ou mot de passe laissé dans un extrait de code compromission directe du système d'information
Diffusion Restreinte, travaux relevant de la PPST note interne d'un sous-traitant de la défense règles de protection propres à ces informations

La ligne sur le secret des affaires surprend souvent. L'article L151-1 ne protège une information que si son détenteur prend des « mesures de protection raisonnables, compte tenu des circonstances, pour en conserver le caractère secret ». Si une entreprise n'a rien prévu pour les outils d'IA et qu'un tarif confidentiel circule depuis des mois dans un chatbot public, la question de ces mesures sera posée lors d'un litige. Personne ne peut prédire la réponse du juge ; mieux vaut se la poser maintenant.

Mesurer sans surveiller les personnes

Pour savoir ce qui se passe, on dispose de plusieurs sources : journaux du proxy ou du DNS filtrés sur les domaines des services d'IA connus, inventaire des extensions de navigateur via la gestion des postes, notes de frais, et un questionnaire anonyme. Aucune ne voit tout. Les journaux ignorent le téléphone personnel sur la 5G, le questionnaire ne prouve rien mais donne les raisons, et c'est souvent lui qui en apprend le plus.

Le Code du travail fixe la méthode. L'article L1222-4 interdit de collecter une information concernant personnellement un salarié « par un dispositif qui n'a pas été porté préalablement à sa connaissance ». Dès 50 salariés, l'article L2312-38 impose d'informer et de consulter le CSE avant la mise en œuvre de moyens permettant de contrôler l'activité des salariés. Pour un état des lieux, les noms ne servent à rien. Une analyse par service et par outil, avec une durée de conservation courte et annoncée à l'avance, répond à la question et passe plus facilement devant le CSE.

Dans le questionnaire, demandez des choses précises : quel outil, pour quelle tâche, avec quel type de données, et ce qu'il faudrait à l'outil officiel pour qu'on l'utilise à la place. Promettez que les réponses ne serviront pas contre les personnes, puis tenez parole.

Quand une donnée est déjà partie

Le questionnaire fera remonter des cas passés ; c'est le but. Pour chacun, le DPO tranche : violation de données ou pas ? L'article 33 du RGPD prévoit une notification à la CNIL « dans les meilleurs délais et, si possible, 72 heures au plus tard après en avoir pris connaissance », sauf absence de risque probable pour les personnes. Les éléments à réunir sont assez terre à terre.

Question Où trouver la réponse
Quel service, avec quel type de compte ? le salarié, les notes de frais
Le service garde-t-il les prompts, s'en sert-il pour entraîner ses modèles ? conditions du service, réglages du compte
Quelles données, pour combien de personnes ? le salarié, le fichier d'origine
La conversation peut-elle encore être supprimée ? le compte du salarié

Décision de ne pas notifier comprise, tout se consigne. Et pour que ces cas remontent, dites clairement qu'un signalement spontané ne vaudra pas de sanction.

Pourquoi l'interdiction seule ne marche pas

Bloquer les domaines de ChatGPT sur le réseau de l'entreprise prend une demi-journée. Le lendemain, la même personne fait la même chose sur son téléphone, et vous ne voyez plus rien. La CNIL, dans ses questions-réponses de juillet 2024, part d'ailleurs de l'idée inverse : pas de comptes ouverts avec des adresses électroniques personnelles, donc des accès fournis par l'entreprise, une liste écrite des usages permis et interdits, des utilisateurs formés.

Vos équipes utilisent l'IA parce qu'elles vont plus vite avec. L'interdiction n'arrête personne. Un outil autorisé tout aussi rapide, si. Sascha Schumann, CEO Myra Security

L'ordre compte plus que chaque mesure prise isolément.

Étape Condition pour passer à la suivante Appui
1. Outil autorisé il fait les tâches citées dans le questionnaire au moins aussi bien CNIL : accès fournis par l'entreprise
2. Charte des exemples tirés de vos métiers, permis et interdits CNIL : liste des usages autorisés et interdits
3. Formation chacun sait ce qui va dans quel outil AI Act, article 4 modifié par le règlement (UE) 2026/1744, en vigueur depuis le 27/07/2026 : « favoriser le développement de la maîtrise de l'IA »
4. Blocage des services non autorisés l'alternative tourne depuis quelques semaines ANSSI, R34

Les guides ChatGPT en entreprise, Claude et Gemini et Copilot aident pour l'étape 1.

Myra AI Workspace comme outil autorisé

Nous éditons Myra AI Workspace, et c'est exactement le rôle pour lequel nous l'avons construit. Reprenons l'assistante RH du début. Elle se connecte avec son compte d'entreprise, en SSO (OIDC ou SAML), son accès ayant été créé par SCIM depuis l'annuaire ; plus d'adresse Gmail perso dans l'histoire. Les CV, elle les dépose dans un projet que l'administrateur a réglé sur « Local only », où seuls les modèles de Myra sont proposés, sur l'infrastructure de Myra dans l'UE, sans modèle cloud, sans recherche web ni outil externe. Sur les offres payantes en libre-service, il faut pour cela le module complémentaire « EU-Gov ».

Le commercial, lui, travaille dans un projet ouvert aux modèles externes. Avant l'envoi, les noms, numéros et autres données personnelles de son texte sont remplacés par des marqueurs, que Myra remet en place dans la réponse. Ce masquage est inclus dans toutes les offres. C'est une pseudonymisation, rien de plus, et comme la détection n'est complète qu'en allemand et en anglais, l'aperçu vaut un coup d'œil avant d'envoyer un texte en français.

Tous deux voient une pastille de couleur à côté du choix du modèle. Verte, avec « Local model » ou « Local + masking », elle signifie que le texte reste chez Myra ; jaune, « Privacy on », qu'un modèle externe répondra sur un texte masqué ; rouge, « Privacy off », que le texte partira en clair chez un fournisseur tiers. La charte, l'administrateur peut la coller dans l'« Organization policy », que l'outil joint à chaque conversation et à chaque agent. Myra n'utilise pas les données de ses clients pour entraîner des modèles d'IA. Le routage limité à l'UE existe pour les modèles externes, mais reste éteint tant qu'on ne l'allume pas.

Deux choses à mettre dans l'AIPD, parce qu'un DPO les trouvera de toute façon. Notre journal des requêtes garde par défaut le prompt et la réponse, ce qui aide après un incident mais constitue aussi un traitement à évaluer ; Myra peut le couper pour un client qui le demande. Et le journal des modifications d'administration et des événements de sécurité, dont les altérations deviennent détectables par chaînage de hachage sur demande, n'a pas d'écran côté client. Le tout tourne sur l'infrastructure de Myra attestée BSI C5 Type 2, avec une interface en allemand et en anglais seulement.

Questions fréquentes

Un salarié a collé un fichier clients dans un chatbot public. Faut-il notifier la CNIL ?

Ça dépend, et c'est au DPO d'en juger vite. L'article 33 du RGPD laisse 72 heures si possible et dispense de notifier quand la violation n'est pas susceptible d'engendrer un risque pour les personnes. Notez par écrit la décision prise, quelle qu'elle soit.

Peut-on analyser les journaux du proxy pour repérer la shadow AI ?

Oui, si les salariés le savent à l'avance (article L1222-4 du Code du travail) et, dans une entreprise d'au moins 50 salariés, si le CSE a été consulté sur ce moyen de contrôle (article L2312-38). Nous conseillons de regarder par service et par outil, sans noms : la question est de savoir ce qui sort, pas qui.

ChatGPT ou Claude, est-ce forcément de la shadow AI ?

Non. Avec un abonnement signé par l'entreprise, un DPA et une charte, ChatGPT ou Claude sont des outils autorisés. C'est le compte ouvert avec une adresse personnelle pour traiter des dossiers de travail qui pose problème.

Sources

Ce guide décrit la situation en octobre 2026 d'après les textes et publications cités dans les sources, consultés le 12/10/2026. Il ne constitue pas un conseil juridique ; votre DPO et votre conseil en droit du travail restent les bons interlocuteurs.